14/12/2004

 On me donne un commandement de peloton comme on l’av

 

On me donne un commandement de peloton comme on l’avait fait en 39.

On mange moins bien ici qu’en Ardennes, le rationnement touche tant les militaires que les civils. Le gouvernement français avait quant à lui, longtemps hésité à ordonner le rationnement des denrées alimentaires. En effet, cela allait à l’encontre de toutes les idées reçues et de la propagande intérieure qui nous disaient sans cesse que nous vivions dans un pays de cocagne alors que les Allemands habitaient l’enfer. Et donc on a commencé à instaurer le rationnement par les jours avec et les jours sans apéritifs ! Enfin, pas tous, on trouve encore partout du Banyuls, des muscats, du Frontignan, du Byrrh, mais il y a déjà des jours sans viande, ce qui n’empêche pas les ministres de bâfrer à table et Joséphine Baker de manger du poulet et des crêpes au sucre...quand mangera-t-elle ses bananes, j’aimerais la voir sur scène et ailleurs, sans bananes, je veux dire sans ses bananes. Beaucoup de déjeuners restent encore bien arrosés, même en Europe centrale d’où l’on apprend que l’attaché d’ambassade d’Allemagne à Belgrade a déclaré au cours d’une saoulographie magistrale que Paris serait allemand pour le quinze mai.

  Les restrictions ne touchent pas encore l’habillement civil puisque la Samaritaine propose jupes, robes et costumes à gogo. Et les signaux alarmistes transmis par le colonel de Gaulle suite aux événements de Norvège n’émeuvent pas la classe politique française. Où va-t-on ? Où irait-on si on se préoccupait des élucubrations des cinq lattes, maintenant ! Mon ministre Campinchi, ministre de la marine souhaite que la flotte française prenne la mer au plus tôt et il pense comme beaucoup de jeunes officiers d’active que Gamelin n’est pas l’homme de la situation sur terre. Je suis de son avis et j’en ai un peu marre de l’infanterie. Il faut avouer que je ne voyais pas l’avancement comme ça et la guerre non plus. La guerre ! Je m’imaginais de longs assauts de cavalerie, sabre au clair, veste ouverte, invincible aux balles de l’ennemi ! J’aurais eu à ma botte dix ou vingt camarades décidés et ma bande et moi aurions enlevé des bastions ! On ressemble plutôt à des rats dans leurs trous, sur la ligne Maginot et dans les forts belges.

 

  Il y a une petite réception avec un général et plusieurs colonels juste avant mon départ, au centre des transmissions de Charleville. Le pacha me demande d’y faire bonne figure avant de partir.

  — Faites un peu boire ces gens là on se croirait dans une mortuaire et la mignonne là-bas, elle ne danse pas ?

     — Mignonne mignonne ???

 

(à suivre)

04:54 Écrit par Charles Alfort | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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