21/12/2004

— Où sont les lanternes ?

À la suite des épisodes précédents

 

C’est mon ordonnance qui frappe au carreau, d’un bond, hors du lit, encore une alerte ! il faisait si bon au lit, mais il ne faut pas traîner. Je me précipite sur le téléphone, j’appelle RK7 et le sergent Vermidek, à Eupen, me confirme :

           

— Oui, c’est l’arrivée imminente de troupes allemandes, elles se massent devant la frontière, fini la belle vie ici, mon lieutenant, je crois qu’ils arrivent ! Et en plus, je n’ai plus de rosbif pour préparer la tambouille. ( La grande affaire de Vermidek dans son poste de garde depuis six mois est la préparation d’un excellent déjeuner, surveillance destruction d’accord mais légumes, boeuf et pommes de terre  s’il vous plaît !.)

           

Vite s’habiller, faire les malles en une demi-heure tout est prêt, Garson qui était rentré tard est tout de même là aussi. J’appelle Jozan avec qui j’ai fait de l’écolage, qui commande la première escadrille de chasse sur la ligne Calais-Dunkerque. Il est déjà debout, réveillé par des vagues d’avions non-identifiés qui foncent sur Boulogne. Il n’est pas parvenu à tirer de leur lit les chefs de corps de la région, en plus le téléphone vers les unités belges de Ypres et Courtrai ne fonctionne pas. Des avions nous survolent dit-il, ils vont larguer des mines dans les embouchures Escaut, Meuse, Rhin en Hollande, ils en déposent également dans l’embouchure de la Tamise.

           

Au bureau de compagnie, branle bas de combat général, tout est empaqueté déjà, le comptable Gerland court d’un coin à l’autre, les hommes sont alertés, grand éclairage dans les baraquements, coups de gueules : « Vous voulez prendre des bombes sur la tronche ? » L’Allemagne a envahi la Hollande, est-ce vrai, sera-ce comme en janvier une alerte d’un jour ou deux ? J’appelle Aumetz, en banlieue de Longwy, où j’ai l’ordonnance du général Petitet qui vient de se mettre au lit, rentrant de permission, il se relève en grommelant que ce n’est plus une vie si on doit faire des exercices d’alertes tous les jours, mais que se passe-t-il donc de si important !?!. Personne ne lui a encore dit que le Luxembourg est déjà complètement traversé par une division motorisée allemande qui est maintenant devant Rodange.

           

Rassemblement des hommes, à grand peine, les sacs sont bouclés, les soldats sont poussés hors des baraquements, en rangs, le commandant est là, maussade.          

 — Où sont les lanternes ?

           

On fait habiller les six techniciens et on les confie à un chauffeur qui doit les emmener immédiatement vers le général Georges avec leurs précieux carnets d’observations.

 

 

(à suivre)


09:38 Écrit par Charles Alfort | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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