24/12/2004

« ma neutralité ».

À la suite des épisodes précédents

 

 

            Les nouvelles se propagent cependant malgré l’immense foutoir des relations téléphoniques. La première Panzer division allemande fonce sur Eindhoven, la seconde sur Maastricht, la septième est à Luxembourg. Des parachutistes tombent sur Rotterdam, LaHaye et Dordrecht, la Hollande est envahie dès la première minute de combat, il n’y a pas de miracle 14-18, il n’y a pas de collaboration efficace puisque les tentatives d’organiser une résistance commune Belgique-Hollande se sont toujours heurtées à ce leitmotiv du roi Léopold :

«  ma neutralité ».

Dans les bois de Carignan que j’ai quittés il y a si peu d’heures, la troisième division d’infanterie nord-africaine commandée par le général Chapouilly est au courant de l’attaque. Un avion allemand s’est posé en catastrophe et l’officier pilote a été fait prisonnier.

            Il a raconté que l’invasion s’était déclenchée dans la nuit et que les Allemands seraient à Paris dans deux ou trois jours. A 8h du matin convaincu d’avoir encore du temps devant lui, le 18è régiment d’infanterie fait mouvement, il pense que les ponts de Veldwezelt et de Vroenhoven, minés, sont détruits. Rien n’est plus faux, le bombardement de la fin de la nuit a traumatisé les hommes qui se terrent dans des casemates et des tranchées. Tués, capturés ou affolés, les garde-frontières belges n’ont pas fait jouer les dispositifs de mise à feu et une colonne ininterrompue de chars et de camions déboule de Aix sur Maastricht et de là sur Tongres alors que l’armée franco-britannique fait mouvement au départ de la vieille forteresse de Givet. Huit divisions d’infanterie françaises se portent devant Saint Trond avec de la cavalerie. Sur la route Lierre-Bréda, c’est un défilé ininterrompu de chars et d’autoblindées belges et françaises. On les entend passer au pont de Massehoven. Kintzelé est enfin arrivé pour me dire que la ligne du chemin de fer électrique Bruxelles - Anvers est coupée, déjà ! Alors, en Ardennes ? Deux divisions sous les ordres de Giraud sont devant Bruxelles. Plus bas les parachutistes ont envahi les forts de Liège et plus au sud, depuis dix heures ce matin, les Stukas, Messerchmitt et autres Dornier bombardent Sedan, mitraillent et pilonnent les unités en obligeant les soldats à se terrer, brisant leurs nerfs, les empêchant de résister et même de réagir lorsque les unités d’infanterie allemande et les premiers blindés partent à l’assaut de la cité ouvrière Gaullier. Pilou a-t-elle pu fuir ?   
        

Le général Gamelin publie vers quinze heures seulement le texte de l’o.j. suivant :

« L’attaque que nous avions prévue depuis octobre dernier s’est déclenchée ce matin. L’Allemagne engage contre nous une lutte à mort. Les mots d’ordre sont pour la France et tous ses alliés : courage, énergie, confiance. Comme l’a dit, il y a vingt-quatre ans le maréchal Pétain, nous les aurons. »        

Ensuite, Gamelin se décide d’appeler les commandants d’armée pour faire exécuter ce qu’il appelle la manoeuvre Dyle. C’est une opération qu’il a montée depuis son poste de commandement, sans vérifier sur le terrain. Il disperse nos forces sur une ligne Anvers- Namur alors que c’est ici et à Liège que nous aurions besoin de soldats. Le deuxième corps d’armée devrait venir s’installer entre Namur et Yvoir et le onzième entre Dinant et Givet et des éléments doivent tenir jusqu’à Longwy.

 

(à suivre)


04:35 Écrit par Charles Alfort | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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