08/01/2005

Les gares sont très encombrées

 

Sens de lecture

Attention ! Les textes les plus anciens se trouvent en bas de page. Ainsi quand vous entrez sur le blog, vous voyez immédiatement les nouveautés. Les séries sont donc dans l’ordre décroissant de la lecture habituelle ! Ne vous laissez pas déstabiliser. Bonne lecture à tous


 

 

À la suite des épisodes précédents :

 

            Je m’aperçois qu’on n'a vraiment pas exploité les renseignements que nous avons transmis au général Laurent, la nullité de ce brave homme est-elle donc encore plus grande que les bourgeois de Bruxelles le disaient, Laurent une simple potiche mais alors qu’a t il fait de nos petites communications et son adjoint Dupont ou Dubois ou comment encore, ... ? Comme l’armée n’était en principe destinée qu’a la défensive, la doctrine n’envisageait la contre-attaque qu’avec méfiance  Les enseignements de la guerre d’Espagne auraient dû montrer que de petites unités blindées forçant le flanc de l’ennemi connaissaient de bons succès. Mis en marche depuis hier, j’apprends que le 152è arrive à Chesne-Populeux, puis s’enfonce vers le bois de Raucourt. L’aviation allemande est maîtresse du ciel : La Luftwaffe a engagé contre nous 1120 bombardiers lourds, 384 bombardiers en piqué, 1264 avions de chasse, 591 avions de support d’infanterie et de reconnaissance plus 600 appareils principalement entraînés à tirer des planeurs et à exécuter des missions diverses. Ils arrivent du ciel depuis hier, les Allemands qu’on finissait par ne plus vraiment attendre. Sont bombardées les villes et villages qui tracent la ligne d’attaque : Arnhem, Nimègue, Eindhoven, Tilburg, Roermonde, Maseik, Hasselt, Anvers, Liège et Saint Trond, Waremme et Namur, Huy, Andenne, Ciney, Dinant et Charleroi, Lille, Valenciennes, Dunkerque, Charleville, Calais, Hazebrouck et Courtrai, Saint Amand et Mons, Orchies, Laon et Binche, Hirson, Lens, Liévin, Avion, Henin, Douai et Givet, Fumay et Compiègne, Pontoise, Conflans et Villerupt, Saverne et Strasbourg. Ils ont mitraillé des trains stoppés dans les campagnes et dans une rame en provenance de Sedan, une femme a perdu ses sept enfants. Les barbares sont de retour ! Ils arrivent avec leurs avions et leurs chars comme l’avaient prévu Brouillard, de Gaulle et Robbe. Ils arrivent avec leurs bombes, leurs mitrailleuses, leurs sirènes. Le souffle de l’air déplacé par les appareils qui rasent les arbres et les toits est pétrifiant. Le bruit infernal des explosions est paralysant. Le ciel nous tombe sur la tête. Tous les Français ont vu aux actualités cinématographiques les avions plonger en Espagne sur les fantassins. Aujourd’hui le cinéma est dans la rue. L’un après l’autre, en ordre de bataille, les avions piquent vers le sol en tirant, la terre monte au ciel et des cratères restent béants. Ils bombardent la route Lierre-Bréda où passent sans arrêt des chars français pour les armées du nord. A chaque bombe lâchée, le sol tremble, toujours aucun avion allié dans le ciel ! Les soldats flamands ont reçu un ordre mystérieux leur rappelant que les Allemands sont frères et qu’il vaut mieux se constituer prisonnier. La mairie de La Besace est mitraillée depuis six heures, heureux le colonel Chrétien qui y avait déposé ses affaires et décidé d’y placer son poste de commandement ! Le général de Lafontaine prend un haut commandement et s’adjoint Albert qu’il expédie avec les trois autochenilles qui restent valides vers la 295è. Je rappelle à chaque chef de groupe les missions de son F.M. Je suis très inquiet à propos de Pilou, est-elle arrivée à bon port et que fait-elle ? Les permissionnaires commencent à rentrer, les trains marchent couci-couça, très irréguliers, les gares sont très encombrées, des fantassins français arrivent à Liège, les Allemands piétinent, en somme, peu de vraies nouvelles. Ici, il n’y a plus d’électricité, pas de postes de radios, pas de nouvelles. J’écris un mot en vitesse à ma mère et un à Pilou mais ces lettres ne partiront pas, j’ai le coeur comme une pierre.

 

(à suivre)

 

 

 

(L’histoire complète en un seul tenant est disponible en la demandant – gentiment – à Xian) (format txt ou word mis en page classique sans illustrations)

 


04:44 Écrit par Charles Alfort | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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