17/01/2005

Lundi 13 mai 1940

 

Suite des textes précédents, pour lire depuis le début voir dans la marge de gauche.

 

Lundi 13 mai 1940

 

Puisque le commandant ne veut plus nous voir, il faut que je me construise un abri; j’ai commencé à terrasser, histoire de me réchauffer, vers 4h, le radio du groupe de reconnaissance d’Albert m’informe que des fantassins allemands ont passé la passerelle de l’écluse d’Yvoir que l’on n’avait pas fait sauter, comme aucune d’ailleurs, cela valait bien la peine de détruire les ponts ! Il paraît que les écluses détruites auraient permis de franchir la Meuse à gué, moi je veux bien, mais ça ne manque pas de m’étonner tout de même, donc, coupant les malheureux barbelés placés et quelques fameux ensembles de Cointet, des soldats allemands mettent pied sur la rive gauche de Meuse près de Anhée. Le bruit du barrage et l’obscurité les a bien protégés jusqu’à ce qu’ils soient aperçus par une sentinelle du bataillon Cadennes. L’écluse est alors sous le feu de quelques hommes à peine, tandis qu’on dort au château de Senenne. A 4h l’artillerie allemande a commencé ses tirs vers les positions françaises sur trois cents kilomètres de front. Je n’ai rien commandé, pourtant voici quelques soldats qui arrivent continuer le travail de terrassement que j’avais commencé, bientôt la moitié du peloton est là, en quelques minutes un abri fermé est construit et bien camouflé dans la digue, je m’installe avec les caisses de grenades et les détonateurs; Kintzelé va venir aussi, un loustic a mis une plaque au-dessus de l’entrée : «  Villa lieutenant souriant ». A six heures du matin, on perd la liaison au moment où l’on apprend que d’importants groupes ennemis ont franchi la Meuse vers Yvoir et Godinne où se trouve normalement le général Bouffet et son 11è corps d’armée et qu’ils grimpent au nord de Grange. On dit que le fameux général allemand Rommel est à leur tête. Albert écrase les muguets qui embaument l’air des sous-bois d’Ardennes. Les clochettes fleurissent à profusion et ce n’est vraiment pas un temps de guerre, n’est-ce pas ? Son escadron vogue de bois en forêts depuis Namur ce matin puis appelé pour renforcer un groupe de fantassins qui espérait le renfort de la 18è qui n’arrive pas de Hirson d’où elle devait marcher pour rejoindre. Seule la 4è de cavalerie légère se positionne en repli sur les hauteurs depuis la Marlagne jusqu’aux sept Meuse. Pas de nouvelles de Pilou, sans doute la poste fonctionne-t-elle au ralenti ? Le gouvernement belge fait savoir que tous les jeunes non engagés et non mobilisés de 16 à 25 ans doivent rejoindre Roulers avec une couverture et des vivres pour deux jours. Ils sont plus de dix mille dans ce cas et vont envahir ainsi la ville et les villages avoisinant. S’il y a des bombardements, cela sera le carnage. L’aviation allemande frappe vite et fort, elle vient de détruire la gare de ravitaillement d’Hirson, ainsi les munitions n’arriveront plus.

 

 

 

( à suivre )

(L’histoire complète en un seul tenant est disponible en la demandant – gentiment – à Xian) (format txt ou word mis en page classique sans illustrations)

 

 


04:01 Écrit par Charles Alfort | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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