22/02/2005

23 mai 1940

 

 

Suite des événements ...

 

Jeudi 23 mai.

 

 

  L’aviation allemande ménage les villes de Bruges et de Roulers en vertu d’un ordre précis, mais elle bombarde sérieusement la côte On apprend par notre deuxième bureau qu’Hitler dans son instruction officielle du 22 aux groupes d’armées demande que l’on préserve les villes flamandes dont la conservation est nécessaire étant donné la conduite à tenir à l’avenir sur le sol belge qui sera rattaché au département du nord français, c’est incroyable qu’ils aient déjà décidé du sort de tout un chacun.

  A Slijpe, le bourgmestre est introuvable, son remplaçant ne sait où donner de la tête, tout le village est occupé par des réfugiés, quelle misère, mon coeur se serre, Pilou, où es-tu ? A tour de rôle, Mascotte ( c’est ainsi qu’on l’appelle maintenant ) Kintzelé et Dubois nous avons dormi sur un ressort sans matelas. Que faisons-nous sur l’Yperlee et l’Yser, face à l’ouest ??? pourquoi ? la Lys est difficile à défendre, large de 20 à 30m elle est basse et peu profonde berges boucles digues.

  A Gand des infiltrations ennemies se produisent à cause des éléments subversifs de la populace et de celle de certains membres de l’autorité communale pro-nazis. Profitant de la confusion, des Allemands réussissent à arborer le drapeau à croix gammée sur l’hôtel de ville et à désarmer sans combat les 18è et 16è divisions belges. Ils annoncent même la capture de plus de 10.000 soldats, la prise de six millions de litres d’essence, deux millions de litres d’huile et une raffinerie en bon état de marche avec un stock de sept millions de litres de kérosène.

  On a mangé tant bien que mal de soupe et de biscuits. Je suis allé à Lieflingue voir le trésorier du corps d’armée qui n’a pas reçu d’ordre pour payer les indemnités d’entrée en campagne. Il me reste 80 francs belges et soixante francs français pour tout pactole. La plupart de mes hommes n’ont plus un sou vaillant. On annonce tout à coup qu’une forte colonne allemande a percé le front de la Lys et circule dans le Nord, encore des réfugiés de plus ! Le général Hénin, toujours pérorant s’installe dans l’école de Slijpe dont il fait partir les réfugiés qui s’y étaient installés.

  On fuit et on pille, la discipline est rompue, rien ne retient les hommes qui trouvent dans le désordre et la débâcle des excuses au vandalisme et s’inventent des besoins pour détruire ou voler. Vouziers est pillée, Reims de même, des villages belges qui avaient accueillis les troupes françaises n’ont en remerciement ni respect ni défense, dans la région de Virton Montmédy évacuée depuis le 11 mai, des jeunes gens à bicyclette reviennent chez eux pour n’y trouver que portes et fenêtres fracturées et les armoires vidées, les caves vides, les plus corrects diront les paysans sont les coloniaux, ils boivent le vin mais quand ils ont bu, ils partent à la bataille au lieu de fuir. Et puis il y a l’espionite.

  Les bois et les villes se peuplent d’espions, les Belges en arrêtent au moins 200. Qui espionnaient quoi ? Qu’y a t’il à espionner ? Il y a aussi les aviateurs abattus qui arrivent en parachute. La population les prend pour des Allemands, ils ne connaissent aucun uniforme allié !

  On songe, dit-on, à envoyer Louis Renault en Amérique pour qu’il y fabrique des chars Somua, je ne savais pas que Renault avait des usines là-bas. Tout le monde fout le camp, quoi !

  Sept heure du soir, encore un ordre de marche, en camion cette fois, pour occuper la boucle de Tervaete pour occuper la position allemande de 1914 et empêcher cette soi-disant fameuse colonne de nous prendre à revers. Installation du P.C. dans une ferme près d’un pont, deux groupes dans un taudis abandonné le long de l’Yser, tout est évacué, il reste une truie et ses petits et Mascotte trouve un chat. Dans la ferme transformée en PC nous pouvons manger un bout tout à coup arrivent cinq six gosses qui nous regardent curieusement. J’écris une lettre à Pilou et je voudrais la poster, mais où ? Dejardin me donne une adresse à Neufchatel en Suisse où l’on fait suivre le courrier des belligérants vers leurs familles et leurs fiancées quand les postes marchent. On est installé dans une vieille tranchée allemande de l’autre guerre, sur des débris de béton et des vieux barbelés pourris. Je dors une demi-heure. Kintzelé et Pierrette sont partis ensemble, ensemble ?

 

 

 

( à suivre )

(L’histoire complète en un seul tenant est disponible en la demandant – gentiment – à Xian) (format txt ou word mis en page classique sans illustrations)

 


08:45 Écrit par Charles Alfort | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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