25/02/2005

Dimanche

 

Suite des événements ...

 

 

 

Drôle de dimanche

 

  Il est cinq heures, Dejardin et moi nous pensons au déjeuner, on marche dans les rues de Zonnebeke vidé de ses habitants. Des soldats qui sortent d’où ? de quel régiment ? de quelle armée ?  on voit que le village a été occupé, traces de pillages, la grand route d’Ypres, on rencontre Mascotte qui ne pouvait plus dormir et qui marche difficilement avec des godillots trop grands, près de l’église des soldats en débandade reviennent d’un combat sur la Lys, d’autres du 31è ont trouvé un dépôt de vivres anglais abandonné, ils s’en donnent à coeur joie et nous invitent.

  La bataille d’Ypres a lieu dans des conditions morales absurdes pour la troupe et dans des conditions politiques désastreuses tant en Belgique qu’en France Des généraux et des ministres croient que le roi Léopold va capituler sans les en avertir. Il paraît que Weygand a ordonné une enquête sur le général Corap, comme si une enquête, en ce moment comme jamais a quelque sens que ce soit ! Qu’ils viennent au feu, les généraux, avec nous, bande de planqués d’état-major ! Ayant percé à Dinant et à Sedan, les Allemands foncent vers la mer et isolent nos forces lancées dans l’aventure Belgique tout en s’assurant de solides têtes de pont en Somme.

  Les chasseurs ardennais interdisent toute progression à l’ennemi en contrattaquant à Vinkt où les Allemands massacrent toute la population habitant encore le village. Au 2è corps au nord de Ronsele une contre attaque est menée avec support d’artillerie et les belges font 237 prisonniers allemands malheureusement le major Keyerick est tué.

Les télé-communications ne fonctionnent pas et les nouvelles et les ordres arrivent difficilement partout

  Vingt-six officiers généraux ont été relevés de leur commandement. C’est le grand limogeage, je suppose que les Allemands peaufineront rapidement. César avait donc raison, la palabre règne en maître sur les Gaules. Au même moment, les Anglais rembarquent du matériel depuis Dunkerque et Boulogne.

  Cigarettes, thé, réchaud à alcool solide, lait condensé, viande, pâté, fromages, nous avons pris tout un lot de choses qu’on ramène, des camions et des T13 voudraient passer pour s’approvisionner mais le passage à niveau est barré car à l’initiative du capitaine baron Tony del Marmol 2000 wagons ont été amenés et placés pour former un barrage antichar continu sur le chemin de fer Ypres Roulers, mais les panzers allemands roulent vers Gravelines. On attache un câble à un tracteur et on essaye de faire dérailler un wagon, finalement un petit passage est fait, la gare est très mal en point, carreaux cassés, rails tordus etc ..Je vais installer mon Pc à 400 m en arrière et à ce moment là paf encore un ordre de marche, ma guerre, c’est marcher, moi le marin ... vocation vachement contrariée, pas de nouvelles de Pierre, tiens, et plus de nouvelles d’Albert que je n’ai pas l’occasion d’atteindre avec le système Has, qui reste pour le moment dans un coffre qui voyage avec les bagages.

  On déjeune, on lorgne le chemin de fer, les soldats ne manquent pas de ramasser tout ce que les Anglais ont oublié, surtout des boîtes de thé dis-donc ! Nous arrivons à Passendaele, le 18è d’artillerie tire derrière le village à de longs intervalles, sur quoi ? On entend très fort le coup de départ puis le sifflement des obus au-dessus de nous, la troupe attend dans le déblai du chemin de fer, on reconnaît la position, c’est archi-mauvais !

Deux pelotons doivent s’installer le long de la voie ! très visibles ! surtout avec ce train interminable, merveilleux repaire pour l’aviation, du fond du déblai, on ne voit rien, en arrière on ne voit rien, donc il faut s’installer devant l’obstacle !!!! Je suis encore plus mal placé avec quelques hommes où nous risquons d’être atteint par des coups qui viseraient les bases avant mieux cachées que nous, en arrière mais surélevés ! Je ne sais plus où prendre mes ordres, le commandant dit que le règlement, on s’en fiche, c’est lui qui commande ici ! Mais le règlement me met cependant aux ordres du G.Q.G. dès lors que mon patron ne me dit plus rien depuis trois jours, ce qui est bien le cas, plus de nouvelles de mon général, plus de nouvelles de Dewé, plus de nouvelles de personne. Le 4è lancier est à bâbord, je veux dire à gauche, et tout à coup, l’artillerie allemande entre en action, au loin, une énorme saucisse ( un ballon captif d’observation ) règle le tir sur nous et contrebat nos batteries derrière le village. Le clocher a été touché, coups, espaces, explosions, on courbe la tête, à la longue, on ne bouge plus. Au sifflement on sait à qui c’est destiné. Les Allemands tirent bien, de temps en temps accalmie. Je visite mes groupes avec Mascotte que j’ai engagée comme secrétaire de compagnie, le moral est bon, sauf au 4è génie où on est à plat. Ils trouvent Mascotte bien jeune mais ici personne ne sait que c’est une fille. Je pense que la peur ici est de la faute du sergent chef qui est un couard parfait. Les trous sont creusés, on s’occupe de les relier mais les hommes sont fatigués. On n’a pu trouver que quelques pelles à long manche et il faut piétiner le blé dans les secteurs de tir. Il recommence à pleuvoir, et même assez fort. J’ai pu trouver une tôle pour couvrir mon abri et on s’y coince avec Mascotte. Jusqu’au soir l’artillerie tonne, il parait que nous ne serons pas ravitaillés, heureusement la plupart des hommes ont des boîtes empruntées à la déroute britannique, et en plus nous avons nos fameux biscuits belges, vraiment excellents quand on a faim, un peu durs... mais cela oblige à réfléchir à ce que l’on fait.

Près de mon PC une maison que les habitants viennent de quitter, des soldats ont forcé la porte et inspectent tout, le soldat à toujours été pillard, les hommes de troupes sont des bandits, quelle que soit la nationalité !

  A grand peine je fais évacuer la maison. Deux jeunes filles arrivent précisément à vélo, elles sont de la maison et pleurent en voyant le désordre. Un de mes sergents les console en gueulant à tout casser sur les hommes de troupe.

  La nuit, de temps en temps quelques coups de canon, on a mis des sentinelles, très peu dormi, je m’attendais à une alerte à l’aube, il n’y a rien. On installe des hommes carrément en avant du chemin de fer.

 

 

( à suivre )


04:54 Écrit par Charles Alfort | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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