21/05/2006

Elle était tout femme

Elle ne sait rien de son père qu'elle croyait libéral, elle ne sait pas où loge sa mère, partie en Espagne quelques années auparavant et bloquée là-bas par une guerre civile abominable. Son oncle, un homme passionnant ayant connu Naus Bey, fondateur d’Héliopolis en Egypte, ami de ces fonctionnaires belges qui mirent en place l’administration des douanes de l’Azerbaïdjan et de la Perse au début du siècle, échevin à Viesville, a été fusillé le dix-sept mai dernier, par les Allemands, sous prétexte que deux soldats ont été tués par des civils dans la commune. Je serai chez elle après avoir rencontré, à la demande du professeur Honoré, le colonel Lafranchi, un militaire qui se ressaisit de n’avoir pas été un héros dans la plus puissante armée du monde, comme on le lui avait annoncé.

L’enthousiasme et les compétences d’Annie m’avaient séduit et j’avais eu envie de lui faire la cour, bien que je me sois interdit de mélanger amour et profession. Elle était tout femme et j’étais devenu amoureux d’elle, un soir d’orage, sur les escaliers qui descendaient à la Seine. On avait l’habitude de passer par là pour rentrer chacun chez soi. Le vent s’était levé, le ciel s’était couvert. L’air soulevait ses cheveux et circulait sous sa jupe. En même temps qu’elle en prenait conscience, l’air fut plus frais et plus violent et de grosses gouttes de pluie se mirent à tomber.

 

 

 

(Texte dicté à la dactylo assise sur les genoux du patron et mis en ligne par la concierge de l'immeuble, ce qui n'enlève rien au sérieux de l'histoire)

13:27 Écrit par Charles Alfort | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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